Un été indien

La course aux CUC


Il est 6h30. Dehors, il fait encore nuit, les cubains se lèvent à peine. Nous arrivons en taxi à la gare routière de Santa Clara pour prendre le bus qui nous emmènera à Varadero. La voiture n’est même pas arrêtée que déjà nous sommes repérés. Un taxi-man court (plus vite que ses collègues) à notre rencontre. Il croit pouvoir nous emmener à Varadero  pour un tarif à peine plus cher que le bus et un temps de trajet plus court. La porte du taxi n’est toujours pas ouverte qu’il crie comme un automate, derrière la vitre, tous les noms de villes où nous serions susceptibles d’aller. Ses copains l’ont rejoint. Ils sont désormais 5 autour de nous à essayer de nous convaincre de changer de moyens de transport : « il n’y pas de bus à cette heure-ci », « vous verrez, vous serrez arrivés plus vite, c’est un trajet direct », etc… Entre les « Where are you from ?», les « ingles, frances ou espagnol ? » et les « taxi amigo ? », nous tentons de répondre poliment par la négative, de payer le premier chauffeur, de mettre nos sacs sur le dos et de nous frayer un passage jusqu’à l’intérieur de la gare routière. Les taxi-mans nous suivent et nous rabattent les oreilles du même refrain et nous un peu moins patients, nous leur répétons par un balancement de tête à l’horizontale. Nous allons nous asseoir, un peu lessivés par ce réveil mouvementé mais pas d’inertie pour le business, l’un d’entre eux revient à la charge. Cette fois, nous perdons notre sang-froid et répondons sèchement que nous n’avons pas besoin de lui.

Cette situation quelque peu anecdotique se multiplie plusieurs fois par jour dans les rues de Cuba. Quand ce n’est pas pour un taxi, c’est pour un restaurant, une « casa particular » (chambre chez l’habitant), des cigares, des gens qui nous réclament des savons ou du caramel…

Les raisons : travailler avec des touristes c’est avoir les poches qui se remplissent de CUC, la monnaie « en or » ! Avec cet argent, il est possible de se procurer un certain nombre de biens de consommation qui se vendent uniquement en CUC. 95% des cubains touchent leur salaire en monnaie locale (pesos cubains), soit l’équivalent, rappelons-le, de 13 CUC environ.  Et voici quelques ordres de grandeur :

  • Une bière : 2 CUC
  • Un gel douche : 3 CUC
  • Un tee-shirt : 8 à 12 CUC
  • Un climatiseur (dont sont équipées toutes les casas qui accueillent des touristes) : 400 CUC
  • Un frigo : 600 CUC

Pour la plupart, ces produits sont importés et coûtent aussi chers pour les cubains que pour les étrangers. Le pays se libéralisant doucement, quelques entreprises privées viennent s’installer (adidas par exemple) mais la concurrence est très limitée. Il n’y a qu’à regarder les rayons de supermarchés, il y a une marque ou deux tout au plus. Avoir le choix c’est presque la fiesta ! Quoi qu’il en soit, le prix élevé des produits pèse sur la vie quotidienne des cubains.Adidas

Ainsi, tous les moyens sont bons pour travailler avec des touristes et gagner des CUC.


 

 

 

L’exemple des chambres chez l’habitant

Depuis 97, les particuliers sont autorisés à héberger des étrangers chez eux mais en contrepartie ils payent une forte taxe à l’Etat, soit 150 CUC/ mois/chambre (touristes hébergés ou non). Pour notre part, nous avons réussi à négocier pour 15 CUC environ le prix d’une chambre pour une nuit. Quand les touristes se font rares, vous imaginez à quel point la concurrence est rude.

Se vendeLe résultat ? Les relations sincères, spontanées et authentiques avec les cubains sont vraiment difficiles. En tant que touristes, nous avons été lassés, exaspérés puis étouffés par leur mode de communication basé sur un intérêt financier. Si des personnes se sont arrêtées un moment pour nous parler, à chaque fois ils l’ont fait pour une proposition moyennant de l’argent. Souvent aussi, nous nous sommes sentis à la fois privilégiés mais aussi gênés par un sentiment d’injustice ambiant… A part une minorité de cubains plus riches que nous, rares sont ceux qui vont manger au restaurant, qui peuvent se payer des vacances dans l’île ou acheter une maison.

Pour eux, il serait temps  que la révolution se conjugue au présent !

devise du pays datant de la révolution

devise du pays datant de la révolution

Cette entrée a été publiée le 11 octobre 2013 à 5 h 51 min et est classée dans Cuba. Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

2 réflexions sur “La course aux CUC

  1. Le , Alice L.J. a dit:

    Comme c’est vrai! C’est marrant car on a tenu un journal de bord quand on était sur place, et on y a écrit les mêmes phrases que vous. Je nous revois à Santiago, sans cesse alpagués: hola amigo, where do you come from? Et on avait eu ce même sentiment mitigé au départ… mais dans les souvenirs, on ne garde que le meilleur! bonne continuation les loulous

  2. Pingback: Lu, vu, entendu | L'été Indien

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