Un été indien

Les mines au Pérou, dans l’imaginaire collectif


Le Pérou est l’un des leaders mondiaux de la production d’or (6ème), d’argent (2ème) et de cuivre (2ème). Voilà pourquoi ici la faculté de Géologie est aussi prisée que celle de Médecine ! A la sortie les salaires sont élevés et l’expression populaire « billetera mata galan» (Les femmes préfèrent les hommes riches aux bels hommes) se confond avec « mineria mata galan » (Les femmes préfèrent les hommes de l’industrie minière aux bels hommes).

"Mineria mata galan"  sic

« Mineria mata galan » sic

Lorsque Sylvain annonce qu’il est géologue, il y a souvent une exclamation, pour ne pas dire qu’il a la côte auprès des péruviennes !

 

 

 

Les autorités régionales reçoivent des redevances minières…

Dans ce secteur moteur de l’économie péruvienne, les compagnies minières doivent payer des redevances à l’état qui, lui, reverse 50% aux autorités régionales et locales affectées par ces activités minières. Cette redevance s’appelle le canon minero qui représente entre 1,5 et 2 milliards de dollars versés chaque année aux collectivités locales pour leurs permettre de réaliser des infrastructures d’utilité publique et d’impact social (source : Que-es-el-canon-minero). Exception faite des compagnies qui sous le gouvernement Fujimori des années 90 ont obtenues des exonérations totales de cette redevance (Perou, Ombres et Lumières, C. Barbier).

Seulement comme les gros projets comme l’adduction d’eau potable ou l’assainissement doivent être validés par l’administration centrale de Lima, par manque de compétences les municipalités se limitent à construire des places monumentales ou des piscines olympiques chauffées… Regardez cette vidéo (lien El Commercio) ci-dessous où l’on peut voir divers monuments dits « extravagants » : la construction d’un dinosaure appelant à la protection de l’environnement ; une plante de maca géante (le viagra inca, plante aux vertus thérapeutiques) en ode à l’amour familial ; une avenue avec  des statues aux positions suggestives ; une sirène dans une commune du littoral pacifique ou encore un sombrero gigantesque pour on ne sait quelle raison !
Vidéo : El Comercio, juin 2011, quelque-uns des monuments les plus extravagants du Pérou

…qu’elles ne dépensent pas en totalité

Pas besoin de carte geol au Perou

Pas besoin de carte geol au Perou

Ce qui engendre des situations ubuesques. Par exemple, la région de Cajamara dont 49% de la population vit sous le seuil de pauvreté national (environ 190€/pers./mois) et qui abrite la plus grande mine d’or d’Amérique n’utilise que 34% du canon minero qu’elle reçoit (source : quotidien péruvien RPP). Par contre, dans une autre commune (région d’Ancash), lorsque la compagnie minière a interrogé les habitants sur leurs souhaits quant à la réalisation d’infrastructures publiques, alors même que tous n’ont pas l’eau courante et l’assainissement, ceux-ci ont répondu qu’ils souhaitaient un Colisée pour célébrer leurs fêtes traditionnelles ! Cette réponse vraiment surprenante, nous a questionnés… Quelle sont les critères de « développement » ? Qui doit les définir ? Qui est le mieux placé pour savoir ce qui est « bon » pour une population ? Quelle décision est la plus légitime : une intervention extérieure de l’administration proposant eau et assainissement ou celle qui est souhaitée par la population ? Et quand bien même on laisse la population choisir un lieu de fête plutôt que l’eau potable, les ONG ne brandissent-elles pas le drapeau de l’accès aux besoins primaires pour tous ? Quel impact cela a-t-il sur un classement international comme l’IDH ?

Cet argent gaspillé, mal distribué et utilisé à des fins sans grand impact public attise également les conflits sociaux. Ces derniers jours, un mouvement a notamment empêché la circulation des bus de touristes entre Arequipa et Cusco.
Sans parler de la corruption dans l’administration péruvienne qui complique un peu plus la gestion des revenus miniers.

Cette entrée a été publiée le 28 octobre 2013 à 21 h 29 min et est classée dans Cailloux, Pérou. Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

2 réflexions sur “Les mines au Pérou, dans l’imaginaire collectif

  1. Le , Aurianne a dit:

    Ma luluuuuu!!! J’avais plus ou moins oublié que vous aviez un blog, Maud m’en a reparlé hier, alors j’ai direct rattrapé mon retard!
    Ça a l’air tellement bien ce que vous êtes en train de vivre!! Je suis jalouse ^^. Ici on se pèle le fion, la ou vous êtes vous devez pas avoir ce genre de soucis!
    Je vous fais des gros bisous, et continuez à poster souvent 🙂

  2. Heureusement, au Pérou ils ont du bon chocolat. Je donnerai 10 points d’IDH rien que pour leur 70% !

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